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Françoise SAGAN 1935 – 2004
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Françoise Sagan est née à Cajarc (Lot) le 21 juin 1935, elle meurt à Honfleur le 24 septembre 2004. De son vrai nom Françoise Quoirez, elle fait une entrée fracassante dans le monde des lettres en 1954 avec Bonjour tristesse, un court roman écrit un an plus tôt, elle a dix-neuf ans et on ne l’oubliera plus. Souvent contestée, la jeune prodige va s’affirmer comme une représentante de sa génération et peut être considérée comme un précurseur de la révolution culturelle de 1968 même si elle est perçue lors de sa révélation comme une représentante de cet existentialisme que le grand public ne dissocie pas de la fête à Saint-Germain-des-Prés. En réalité elle représente la première manifestation littéraire de ces fameuses « trente glorieuses » durant lesquelles la syphilis et ses petites sœurs sont vaincues par la pénicilline avant que les laboratoires américains ne fabriquent le SIDA. Trente glorieuses qui voient le jour après le plus immonde des massacres que les hommes aient connu, dernière dérive des notions de patries, de races et de philosophie de l’histoire et sous la menace des bombes atomiques que l’on a presqu’oubliées aujourd’hui, au point même d’en défendre pour certains le droit de les posséder par d’immondes salauds tels les islamistes iraniens. Françoise Sagan transcendait, avec un talent plus sûr, pour une génération nouvelle, l’œuvre et l’image d’un Roger Nimier, la douleur d’exister lui donnant une profondeur, cachée, qui n’existe pas chez ce dernier. Né en 1942, je suis de ceux qui se reconnaissent en partie en elle. Entre succès et galères, la vie de Françoise Sagan sera débridée, assez malheureuse, marquée par des passions fatales telles le jeu et la drogue et des engagements qui témoignent assez de son authenticité, son œuvre témoignant pour sa part de son talent.
Au revoir Françoise : Je reprends ici la petite note que je posais sur ce site le 25 septembre 2004 à la mort de Françoise Sagan. Comme beaucoup de personnes de mon âge, je saluais le départ d’une partie de moi. 25 septembre 2004 " Une sortie m'attriste beaucoup, celle de Françoise Sagan. J'étais jeune quand elle a publié son premier roman, je me souviens du bruit qu'il fit, peut-être même peut-on parler de scandale dans cette France ancienne totalement anesthésiée qui devait voler en éclat en 68, mais qui est encore le lot de certains attardés qui foisonnent dans les cercles gouvernementaux, souvent en prétendant incarner l'avenir. J'ai aimé ses romans, plus tard ces sortes de chroniques qu'elle a publiées à plusieurs reprises en volumes. Son personnage était sympathique, loin de toute pose, sans affectation, elle donnait le sentiment d'être gentiment elle, je crois qu'elle fut sa pire ennemie. Aux yeux du public de ses années succès elle fut l'incarnation de ce que le grand public pensait être l'existentialisme. J'espère que l'on ne l'oubliera pas, qu'on continuera à la lire pour le plaisir, la meilleure raison de lire. Malgré sa discrétion, j'espère qu'elle laisse un journal ou quelques inédits autobiographiques, ce n'est pas simple curiosité, mais je pense que ce qui a agité cette vie, sous son talent peut nous apporter encore quelque chose. Au revoir Françoise, bonne paix !" Haut de page Bonjour tristesse 1954 Un certain sourire 1956 Aimez-vous Brahms .. 1959 Château en Suède 1960 Les violons parfois 1962 La robe mauve de Valentine 1963 Toxique 1964 Bonheur, impair et passe 1964 La chamade 1965 Le cheval évanoui, L'écharde 1966 La garde du cœur 1968 Un peu de soleil dans l'eau froide 1969 Un piano dans l'herbe 1970 Des bleus à l'âme 1972 Un profil perdu 1974 Réponses 1974 Des yeux de soie 1975 Le lit défait 1977 Il fait beau jour et nuit 1978 Le chien courant 1980 La femme fardée 1981 Musique de scène 1981 Avec mon meilleur souvenir 1984 De guerre lasse 1985 La maison de Raquel Vega 1985 Sarah Bernhardt : le rire incassable 1987 Un sang d'aquarelle 1987 Au marbre, Chroniques 1952 - 1962 1988 La laisse 1989 Un orage immobile 1989 Un chagrin de passage 1990 Les faux-fuyants 1991 Répliques 1992 Et toute ma sympathie 1993 Le miroir égaré 1996 Derrière l'épaule 1998 Bonjour New-York 2007 Un certain regard (Réponses et Répliques, Mémoires) 2008 Maisons louées 2008 Le régal des chacals 2008 Au cinéma 2008 De très bons livres 2008 La petite robe noire 2008 Lettre de Suisse 2008 Haut de page Album Sagan aux éditions de l'Herne, un album de poche à 9,90 €, autour de textes de Françoise Sagan. Très intéressant pour ceux qui désirent simplement entendre et voir Françoise. Ce très court roman aurait été fait pour choquer une France coincée, celle de Mauriac, de Gaulle et de tous les hypocrites et pétainistes catholiques réfugiés derrière eux, qu’il n’aurait pas été autre. Le récit un peu triste d’une jeune narratrice paumée, ne sachant pas trop que faire de sa neuve liberté auprès d’un gentil père superficiel et jouisseur est en lui-même une innocente provocation. Une femme arrive, figure de la mère autant que de la femme indépendante maîtresse de son destin, aussitôt détestée et admirée, désirée et rejetée. La petite machination mise en place dans la lâcheté de l’irresponsabilité, évite le vaudeville. La narratrice tente d’explorer ses motivations profondes mais ne donne prise qu’à la facilité du moment et au plaisir qui n’est que la satisfaction immédiate des désirs dans la paresse. La mort, la culpabilité, tout cela est évacué d’autant plus facilement qu’ainsi que le constate la narratrice, la perturbatrice a eu le bon goût de partir sans bruit, sur la pointe des pieds. Ce récit profondément désabusé n’est pas si loin de l’Etranger de Camus. Littérairement il est une parfaite réussite. Dommage d’entrer en littérature avec un tel chef d’œuvre vu comme une suprême légèreté, il marquera l’auteur tant dans sa vie que dans sa réputation. « Je m’allongeais dans le sable, en prenais une poignée, le laissais s’enfuir de mes doigts en un jet jaunâtre et doux, je me disais qu’il s’enfuyait comme le temps, que c’était une idée facile et qu’il était agréable d’avoir des idées faciles. C’était l’été. » p 13 « … j’éprouvais en face des gens dénués de tout charme physique une sorte de gêne, d’absence ; leur résignation à ne pas plaire me semblait une infirmité indécente. » p 14 « Je crois bien que la plupart de mes plaisirs d’alors, je les dus à l’argent : le plaisir d’aller trop vite en voiture, d’avoir une robe neuve, d’acheter des disques, des livres, des fleurs. Je n’ai pas honte encore de ces plaisirs faciles, je ne puis d’ailleurs les appeler faciles que parce que j’ai entendu dire qu’ils l’étaient. » p 27 Le récit est plus simple que vif, naturel, au fil des événements, la narratrice se situe, définit son milieu. « Idéalement, j’envisageais une vie de bassesses et de turpitudes. » p 29 (Je vois ce croque mort de Couve de Murville, - heureusement bien oublié aujourd’hui - en deuil peut-être des excellences épiscopales pétainistes, avaler son manche à balai glabre devant cet oxymore.) Quand elle aime, cela s’écrit : « En ce moment, je l’aimais. » p 33 « Je me rendais compte que l’insouciance est le seul sentiment qui puisse inspirer notre vie et ne pas disposer d’arguments pour se défendre. » p 63 « Sans doute, à son âge, je paierai aussi des jeunes gens pour m’aimer parce que l’amour est la chose la plus douce et la plus vivante, la plus raisonnable. Et que le prix importe peu. » p 124 Haut de page " A une époque, la nôtre, de discours moraux lénifiants sur une réalité glauque, qui servent de parure à une société égoïste, corrompue jusque dans ses élites supérieures, profondément pourrie, le discours gentiment scandaleux de Françoise Sagan qui nous décrit un amoralisme du plaisir et de la facilité, prendrait une allure dérangeante si l'on n'avait dans ce cas la parade : " C'est un témoignage intéressant sur ces années d'après-guerre, une œuvre littéraire ..." Bien sûr Françoise Sagan nous conte une histoire, mais elle procède par tranche de temps, marquées ou pas par des événements assez banals, et nous décrit des sentiments, des états. La narratrice explore les siens et nous renseigne sur ceux des autres personnages, sur ceux de ses partenaires et de la femme de celui qu'elle aime. Il s'agit bien de relations entre des gens qui s'aiment ou pas, des couples qui passent. Ce découpage qui semble neutre, qui domine une mince intrigue et parfois semble l'ignorer, cela ressemble à du Chardonne, mais le ton, le contexte, les morales, sont tels que le rapprochement est difficile. La jeune Françoise Sagan, quand elle écrit ce second livre, a déjà assimilé beaucoup de choses. Haut de page Dans un mois, dans un an (1957)
" Hugo : ... Quel plaisir prenez-vous à vous moquer d'un autre homme ? Sébastien : Le plaisir le plus bas. Hugo. donc un des plus profonds. Hugo : Vous aimez bien les phrases. hein ? Sébastien : C'est tout ce qui me reste. mon cher. L'intelligence est devenue une chose terrible. à notre époque. Elle vous tourmente vous-même. elle irrite les autres, elle ne convainc ni eux ni vous ... Hugo : Vous philosophez une fois de plus. " pp 26-27 " Sébastien : ... Hugo, fait ce qu'il veut. il a ce qu'il veut et il n'en veut pas plus. Vous avez une meilleure définition de l'homme fort ?" p 81 Haut de page
Avec mon meilleur souvenir (1984)
Aux questions que l'on peut se poser en lisant Bonjour tristesse, en pensant à l'âge de l'auteur quand elle écrit ce premier roman, Sagan répond en partie en évoquant ses premières lectures, ses grandes émotions. Les nourritures terrestres à treize ans, L'homme révolté à quatorze, Les illuminations à seize, Elle parle "du parcours du combattant le plus classique", sauf peut-être l'âge pourrait-elle ajouter. Evoquant une relecture tardive des nourritures, elle écrit : "La foudre, elle aussi, peut se tromper en distribuant ses coups." Je me suis toujours défié de ceux qui fuient l'ennui, c'est aussi parce que je pense qu'on ne peut connaître l'ennui que parmi les autres. Serait-ce autre chose que la ferveur qui conduisait cette femme dans sa vie échevelée ? En forme de parcours rapides ? En approchant par la lecture, Françoise Sagan, je ressens d'abord une très forte empathie, puis, presque immédiatement, je commence à tourner autour du mystère de l'autre. L'autre différent, l'autre qui devrait derrière cette différence, renfermer quelque chose de profond et de commun, le mystère qui de mystère de l'autre deviendra mystère de nous puisque cette chose commune, je peine à la définir, à la définir et à la reconnaître. Pour un vrai solitaire comme moi, c'est un grand moment de bonheur quand la lecture d'un écrivain fait naître avec force ces deux sentiments : sensation profonde de communauté et sensation du mur d'incompréhensibilité que suscite toujours en nous l'autre différent. Je dirais que face à un écrivain très présent dans son œuvre, Gide, Drieu, par exemple, ces deux sensations existent toujours, ce qui change c'est leur rapport, c'est la place occupée par chacune. Disons, en ce qui me concerne, qu'avec Gide ou Drieu la différence [d'avec moi] est cette part d'eux que je peux oublier alors qu'avec Françoise Sagan, elle est au contraire cette part d'elle qui s'impose à moi. La différence [d'avec moi] de F. Sagan est ce qui me la rend proche quand pour Gide et Drieu elle m'éloignerait d'eux - de leurs œuvres si elle dominait. Sagan est l'autre que je peux aimer, qui me touche quand je retiens de Gide ou Drieu le moi que je reconnais et que je cherche. L'image de cette petite jeune fille, bien élevée, qui était la sienne lors de la parution de Bonjour tristesse, semble tout contenir. Je n'aime pas trop ce qu'elle a fait de cette image mais, paradoxalement, ce parcours me la rend "sensible" et je ressens qu'elle est peut-être toujours restée cette petite jeune fille d'apparence bien élevée, capable d'écrire à dix-sept ans, Bonjour tristesse, simplement jetée dans une vie trépidente amplifiée par le succès, mérité, qu'elle qualifiera quand même de "bâclée", rejoignant en cela Drieu qui ne tarissait pas de critiques sur son œuvre. Haut de page
Ce roman est plutôt un conte. Le récit est plus fluide que celui des romans de mœurs. Françoise Sagan nous emmène à Hollywood, chez une actrice ratée devenue dialoguiste à la chaîne qui est la narratrice. Elle a la bonne quarantaine, est encore belle, envisage même de se marier, quand un jeune homme, très beau, plein de LSD, vient se jeter sous les roues de la Jaguar de son amant. Ce jeune homme qui s'en tirera et qu'elle adoptera, est en fait son ange gardien. Un ange gardien un peu particulier, presque de cauchemar ... On peut difficilement en dire plus de cette intrigue sans trop déflorer un texte bien agréable et très impertinent. Il n'y a de maxime qu'implicite à la fin du texte, le lecteur demeure libre de penser ce qu'il veut ; on retrouve sous un genre nouveau, l'innocente et tranquille provocatrice de Bonjour tristesse et de Un certain sourire. " Mais il fallait bien se rendre : après huit jours de fleurs, de coups de téléphone, de sous-entendus et de sorties en commun, une femme de mon âge se doit de céder, tout au moins dans nos contrées. " p 12 " On est assez mesquin avec les morts : à peine le sont-ils qu'on les enferme dans des boîtes noires, bien fermées, puis dans la terre. " p 40 Haut de page Constantin von Meck, metteur en scène doué et réputé se trouve en discrédit à Hollywood. Abandonné par sa femme la belle et célèbre actrice Wanda Blessen, il n'hésite pas en cette année 1937, à rejoindre l'Allemagne nazie où il devient un protégé de Goebbels, le puissant ministre de la propagande. Là, ayant refusé de tourner des films antisémites, il tourne à la chaîne de mièvres comédies romantiques au goût allemand pour la U.F.A., la société de production de la propagande nazie. Constantin est un géant et un de ces hommes doués pour la vie qui ne voient pas, autour d'eux, tout ce qui pourrait la contrarier. Aussi fait-il quelques remarques sur cette Allemagne qui bruisse de pas de bottes et de saluts clownesques, mais il se contente d'en prendre la mesure du ridicule. Deux de ses protégés juifs à qui il a procuré de faux papiers, sont arrêtés sur la dénonciation du métèque aryanisé, représentant de l'U.F.A. qui le surveille pour compte de la gestapo sans qu'il s'en aperçoive. A partir de ce fait, Constantin va entrer dans le réel de la vie du troisième Reich. Françoise Sagan nous mène à l'horreur tout en suivant le petit monde d'un salon parisien sous l'occupation et sur les lieux d'un tournage dans le midi. Constantin a renoué avec Wanda, sa femme pour toujours, pour la réalisation de la Chartreuse de Parme. Le destin des hommes est marqué, délimité par l'histoire. Constantin ni son protégé gitan, Romano, n'y échapperont. Une fin, qui pour cet américano-allemand sera en forme de fuite devant l'horreur dans laquelle il s'était inconsciemment laissé entrainer. Ce roman est très réussi, un des meilleurs de l'auteur, il explore le passé proche, celui qui l'a bercée enfant et dont on ne pouvait sortir indemne. Pages 167 à 170, des remarques intéressantes sur la Chartreuse de Parme, faites par Wanda, la Sanseverina. " Enfin, dit Wanda avec une bonne humeur si fausse qu'elle était pire que tout, enfin ! Je finissais par avoir mal au coeur [ on a cessé de faire bouger le tilbury dans lequel elle avait pris place ] Il faudrait décidément mieux que vous ne disiez pas cette phrase, mon cher Ludwig. Les quinquagénaires, en tout cas les actuels, ne sont plus ceux de Stendhal. Le quinquagénaire s'il est pauvre, voudrait avoir de l'argent pour que les femmes l'aiment et le quinquagénaire s'il est riche voudrait que les femmes l'aiment pour autre chose que son argent ... Vous voyez comme c'est simple ! En plus le quinquagénaire est arrogant, de mauvaise humeur, douillet, menteur et rancunier. Enfin, je parle de ... l'Amérique, bien entendu." p 260 Haut de page Ce roman, précédant de deux ans Un sang d'aquarelle, se déroule également dans le cadre de l'occupation nazie de la France. Mais ici encore plus que dans le premier où les personnages étaient le jeu des événements, l'intrigue est une intrigue privée. Leurs situations proviennent de la guerre et de la lutte, mais la rencontre d'Alice et de l'ami de son ami, Charles, est de ces rencontres qui brûlent. Françoise Sagan excelle à décrire, faire sentir, ces chocs de deux personnes vouée l'une à l'autre au moins pour un temps ainsi que l'autre liaison, celle d'Alice et Jérôme, liaison de circonstances, de sauvetage. Les occupants apparaissent peu dans ce roman pourtant bien marqués sans être caricaturés. Charles qui jouit de sa vie simple de jouisseur heureux, réfugié dans sa vallée heureuse, ignorant du conflit, va se trouver projeter dans la réalité. Quelques événements directs, somme tout assez peu importants, et d'autres, plus éloignés, vont l'ébranler sans pourtant lui faire perdre ce goût du bonheur qui est le goût de la vie. " Pour partager quelque chose ou quelqu'un, il faut l'avoir, et l'un et l'autre devait bien savoir qu'ils ne l'avaient pas. On ne possède jamais quelqu'un. Il arrive que l'on tienne à quelqu'un et que, de ce fait, quelqu'un vous tienne, le temps que vous dure ce sentiment pour lui. Mais posséder qui que ce soit ! " p 176 " Ignorait-elle que pour lui comme pour n'importe quel homme, c'était la terre, la glaise, le sang, la peau, la chair d'une femme qui importait d'abord, avant plus que tout. Ignorait-elle que si le corps sans le cœur n'était pas le paradis, le cœur sans le corps était l'enfer ?" p 196
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