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JOFFRE : ROGER FRAENKEL

L'ANE QUI COMMANDAIT DES LIONS

 

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" C'est un paradoxe, mais qui n'est qu'apparent : il sera donné au chef le plus incapable d'être le plus autoritaire. Ce qui est tout à fait logique quand on pense que s'il est facile de prescrire à une communauté des mesures salutaires, il faut redoubler d'autorité pour imposer des solutions stupides. " Roger Fraenkel.

 

Voilà enfin un livre d'histoire sur cette guerre de 1914-1918, qui aura été, outre la mort d'une Europe impériale, la seconde grande saignée française. Nous devions la première, celle qui mit définitivement à mal la supériorité française sur l'Europe, à l'illustre Buonaparte, général félon qui prit le pouvoir après un coup d'état dans lequel il donna toute la mesure de sa couardise ( ce que quelques biographes ont appelé pudiquement " une certaine timidité physique " ), encore celui là succédait-il à la révolution dont il conservait de nombreux acquis, avec toutes les tares, qui s'y attachaient. Ici, on nous parle de Joffre, polytechnicien, maréchal de France, académicien, l'image même de la France revancharde, on pourrait dire vacharde et incompétente. Pour ceux qui attendaient un tel livre de Pierre Miquel par exemple, dommage, trop tard, de toutes façons, il ne l'aurait pas écrit ce Monsieur, compiler de la littérature, c'est une chose, faire la preuve de ... en est une autre, un travail d'historien en somme !

Je ne connais pas Roger Fraenkel et n'ai eu connaissance de son livre que par un message qu'il m'a adressé concernant ma  page Lanrezac. Si je ne me trompe pas, ce livre est de ceux qu'on ne trouve pas facilement en librairie, dommage, car il est digne de retenir l'attention à plus d'un titre.

D'abord, Monsieur Fraenkel sait que l'histoire est réécrite à chaque génération ou presque, à l'usage des vivants et de ceux parmi eux qui ont intérêt à la faire parler, croyez moi, ils sont nombreux, nous en sommes peut-être sans le savoir. J'ai toujours pensé que le livre d'histoire le plus intéressant et le plus révélateur pour un français serait l'histoire de l'histoire de France et je ne suis pas le premier à le penser.

Roger FRAENKEL :

JOFFRE, L'ANE QUI COMMANDAIT DES LIONS

Editions Italiques - 2004 (editions.italiques@wanadoo.fr)

C'est peut-être de cet aspect très relatif de l'histoire, que Roger Fraenkel tire son style qui n'est pas celui des historiens qui posent à l'historien. Le livre est écrit dans un style très direct, l'auteur nous y parle parfois - quoi de plus naturel après tout, un livre n'est-ce pas un auteur qui parle à ses lecteurs ? - comme si nous étions auprès de lui pour marquer, par exemple, une attitude, une raison, plus ou moins cachée. Disons-le, nul n'est parfait, l'auteur aime Céline et cela se reconnaît dans son style, mais ce style, ici, est de mise, sert admirablement le sujet et convient au pamphlet, car c'en est un, destiné à déboulonner cette baudruche criminelle : Joffre. Ce ton n'empêche pas l'auteur de s'être sérieusement, très sérieusement même, documenté. Pas documenté à la façon des historiens professionnels qui se gavent d'archives officielles, car il sait et nous le dit que les textes officiels sont souvent tronqués. On le sait depuis longtemps, ceux-là mêmes qui étaient chargés de la conservation ou du traitement de ces textes, nous avaient prévenu, mais la plupart font toujours mine de l'ignorer : l'Etat-Major durant la guerre de 14-18 a truqué les documents pour cacher ses erreurs et s'attribuer des succès dans lesquels il n'était pour rien, voire qu'il avait tout fait, par sottise, pour contrecarrer.

Roger Fraenkel s'est donc attaché à Joffre, cette sinistre figure de l'incompétence, devenue le symbole de l'imposture, une imposture qui dure puisqu'il se trouve encore aujourd'hui, des prétendus " historiens ", grand public, pour, quatre-vingt dix ans après le début catastrophique de cette guerre nous seriner encore la pire et la plus plate des fables : Joffre, sauveur de la France.

Je ne vais pas résumer ce livre mais il y a là un vrai travail sérieux, nécessaire, qui recadre et situe bien les choses.

Roger Fraenkel nous dit que son but est de " casser menu et réduire en poussière la statue d'un maréchal de France, vampire enflé d'une gloire usurpée et imposteur consacré. " J'espère sincèrement que son livre fera avancer un peu dans cette voie car, faisant partie de ces  antimilitaristes qui ne sont pas naïfs, je pense que quitte à avoir une armée, ce qui semble encore assez nécessaire, mieux vaut en avoir une bonne encadrée par des généraux compétents. L'armée devient meilleure quand elle a sa tête des gens qui jugent bien des situations et pensent que la vie des hommes qu'ils commandent n'est pas de la menue monnaie à jeter en pâture à n'importe qui ! Le livre de Roger Fraenkel porte une bande imprimée sur la couverture : Eté 1914 : 300 000 morts en 3 semaines ! Combien il a raison : ces 300 000 morts appellent bien un minimum d'honnêteté et que leur assassin soit appelé par son nom ! Non seulement Joffre n'a pas gagné la bataille de la Marne qui n'aurait jamais dû avoir lieu, mais ces 300 000 morts inutiles, cette guerre qui s'est jouée à l'usure - l'usure des stocks d'hommes, hélas - aurait bien été perdue par lui, au-delà de sa manœuvre catastrophique d'entrée en guerre, du seul fait de ce désavantage décisif, 300000 morts, sans l'entrée en guerre des Américains.

IL FAUT LIRE CE LIVRE si l'on veut rendre à ceux qui sont morts de la connerie médiocre des chefs, celle-là même qui s'étale aujourd'hui à la tête de nombreuses grandes entreprises, la justice dont il est souvent question : ils sont morts de la plus plate et la plus bête médiocrité et imposture que l'on puisse imaginer : celle des carriéristes appliqués et sans scrupules dont la seule anticipation est la mise en place des procédures de rejet sur les autres des catastrophes qu'ils provoquent. Avec Joffre, incapable, arrivé à la tête d'un immense organisme, parce que cela " arrangeait " ses commanditaires, comme toujours, c'est en sang que fut payée la facture de l'incompétence et quand je regarde et lis les centaines de cartes postales écrites par des poilus, récupérées dans les boîtes à chaussures des marchands après que des gens sans mémoire les aient bradées, je ne peux pas m'empêcher de penser : celui-là est peut être mort, tué par Joffre, Berthelot, Gamelin, Nivelles, Mangin, ou un quelconque autre de ces assassins galonnés, décorés et souvent honorés.

Encore une chose, je faisais partie de ces quelques uns qui, parce qu'ils n'ont pas lu le plan XVII, parce qu'ils ne sont pas descendus assez dans le détail des événements, parce qu'ils n'ont pas eu entre les mains des documents que Monsieur Fraenkel a lu comme il le fallait, avec la loupe d'un policier qui enquête - cette comparaison ne lui plaira peut-être pas - je pensais tout bonnement que Joffre avait ignoré ce que même des civils comme Jaurès avaient prévu, que tout l'Etat Major et les membres du gouvernement savaient : le plan de guerre allemand, l'invasion par la Belgique. Je me trompais et Roger Fraenkel démontre très bien une réalité que je laisse à découvrir par ses lecteurs, qui est assez stupéfiante, et cependant certaine car seule à lever les invraisemblances des autres hypothèses. Ils découvriront en même temps toute l'horreur de ce plan criminel, véritable arme tournée sur les soldats français et qui a, hélas, fonctionnée. C'est aussi pour ces raisons qu'il faut lire ce livre démystificateur.

Messagerie : bourgeois.andre@9online.fr ( Français seulement, les pièces jointes ne sont jamais ouvertes. )

Joffre, cet emplâtre mortel, fut élu à l'Académie française. Je ne peux pas m'empêcher de citer ce trait que le rédacteur malicieux de la vénérable institution a cru devoir ajouter au panégyrique habituel, sur le site de l'Académie : " Dans La Vieille Dame du quai Conti, le duc de Castries rapporte au sujet de Joffre et de son attitude plutôt passive lors des séances du Dictionnaire l’anecdote suivante. Alors qu’on définissait le mot « mitrailleuse », le maréchal fut tiré de son somme et prié d’apporter ses lumières : « C’est une sorte de fusil qui fait pan, pan, pan », se borna-t-il à dire, et il referma les paupières. " On ne peut mieux dire que l'on a affaire à un parfait crétin !
 

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3-1-2005 mis à jour 9-1-2005